En suivant l’exemple d’Anne Cécile (http://annececile.over-blog.net/article-5629243.html) pour rattraper le temps perdu sur ce
blog, a vous de deviner où ont été prises ces photos. Pour les réponses les plus merveilleuses, je sortirais ma baguette magique et accorderais trois vœux.
Merci à vous tous, ceux sur les photos et aussi tous les autres, d’avoir été là, de m’avoir entouré, soutenu, donné de la chaleur. Cette merveille là, d’avoir des amis aussi extraordinaires est
bien réelle et je ne cesse de le rédecouvrir encore et encore.
Oui je crois que nous avons tous besoin cette année de voir une petite lumière briller au fond du tunnel, que surgissent d’improbables surprises qui battront en brèche toutes les
raisons que nous avons d’être des misanthropes chroniques et des pessimistes profonds.
Alors plutôt que d’écrire, selon les mots de Christophe, l’apocalypse de Saint Agathe, je veux commencer l’année par une féérie :
Dans le 2008 tel que je le rêve, Benazir Bhutto serait ressuscitée, Modi aurait perdu les élections au Gujarat, et Pénélope Larzillière serait présidente
de la France. Nous irions passer des vacances extraordinaires à crapahuter sur les sites mésopotamiens du sud de l’Irak, et nous nous engueullerions pour savoir si le modèle autogestionnaire mis en
place sur tout le continent américain pourrait se transporter ailleurs dans le monde. Jamais nous ne croiserions dans nos périples d’affamés, d’enfants travailleurs, d’êtres échoués roulés dans du
papier journal, de femmes meutries aux visages ravagés par une lampée d’acide ou de patrouilles de milices privées armées et en uniforme.
Bref, aujourd’hui je veux croire aux miracles car elles donnent de l’espoir. Et il faut bien que le monde ou Colline et Noémie ont débarqué ce mois-ci soit digne d’elles.
Je vous souhaite à tous donc que la vie soit plus belle que les fééries alcooliques d’une qui a dansé toute la nuit, que 2008 soit un
enchantement.
Pour tout vous dire, ça commence plutôt bien : ce matin un mail de Margarette St Fleur me souhaitait une bonne année, ... et m’annonçait qu’ils avaient le passeport de Stanley qui serait déposé
demain au consulat de France à Point à Pitre.
Bref, ça y est!!!!!!!
Son dossier est débloqué, et c’est maintenant aux autorités françaises de lui donner un visa pour qu’il puisse venir en France.
En principe, d’ici trois semaines ou un mois et demi, j’aurais le « feu vert » de la Mission de l’Adoption Internationale et pourrait partir le chercher !!
Pour amorcer le voyage des histoires de gares de l'est:
A Budapest, Ilona c'est chargée de me mettre au petit matin dans le bon tram, qui me mènerait à la Gare de l'Est de Budapest. Elle m'a expliqué que c'est la même entreprise qui à fait la gare de l'Est et la gare du Nord à Paris. "Seulement ici c'est en miniature". Et effectivement, au bout du quai central il y a des quais cachés qui se prolongent sur la gauche, comme à Paris.
J'ai donc pris le train de Budapest à la frontière Ukrainienne, Chop. Et ensuite un train de nuit jusqu'à Czernowicz, avec le TGV Ukrainien et le parlement gravé sur les rideaux de dentelles, et une babouchka qui s'occupait des draps et du tchai, qui me détestait tout particulièrement.
Je vous copie colle ensuite une partie de mon journal de voyage, qui raconte notre périple au cimetière de Czernowicz le 7/7:
On marche un moment, en passant dans un marché qui me rappelle celui de Bitola. Pastèques, pommes de terres et couvercles de jarres. Cornichons et perruches.
On marche encore le long du cimetière catholique, l’orthodoxe puis, dans la rue d’en face, le cimetière juif avec une petite synagogue en brique défoncée et ses tombes à l’infini. Plusieurs hectares assez denses.
Yo et Sacha nous amènent à un endroit précis à l’est du cimetière, où il y a un mémorial pour le massacre de 900 personnes, sans date précise. Il fait très chaud, on cherche un endroit à l’ombre. Yo se précipite sous un grand et large arbre caché par les ronces. En se frayant un chemin on se trouve sous une haute coupole de feuilles avec des tombes pour banc. On prépare le repas, Yo lisant le plan du cimetière avec un air sérieux et ému comme s’il s’agissait d’une Thorah.
On ripaille. Comme Sacha est mal à l’aise je convoque l’ombre tutélaire de Brassens, et il se met alors à pleuvoir. L’arbre nous protège de la pluie, nous ne recevons que quelques gouttes froides. Pour rechercher la tombe de mon arrière grand père, on se réparti des secteurs qu’on essaye de couvrir systématiquement.
Jungle d’orties d’arbres et de ronces et nous n’avons pas de machettes. On se perd, grattant la mousse, écrasant les orties à coup de tête et de pied, brisant des jeunes pouces d’arbres, et lisant nom après nom, date après date. À la recherche de Mottele Keller mort le 1/1/34, dans le secteur 32b d’après le rabbin de Czernowicz. Noms après noms, dates après dates. Déchiffrements. Certaines tombes sont effacées à jamais. La pierre comme une peau en pleine mue, boursouflée, de la terre granulée et figée. D’autres ont perdu leur pigment, mais si on on y appliquait un papier et y frottait un crayon, si on s’en donnait la peine, leur inscription remonterait à la surface. Les tombes en granite noir ont l’air d’avoir été faits hier. Lire des morts de 1930 comme s’ils étaient neufs sous le tissage des plantes folles. Tombes faites pour des hommes décédés à New York dans les années soixante-dix : 30 ans après elles sont à la même enseigne que celles d’avant guerre. Mains qui figurent des ailes, d’autres qui versent de l’eau, celles qui tiennent des cruches ou des fleurs : symboles étranges dont le sens et les familles ont disparu ensemble. Par momment le faux espoir : un Moise Guellner qui nous fait tous accourir, ou un Feler en russe qui me trouble car le f russe ressemble au k sanskrit.
Chœur de noms lus dans la tête, noms et dates de morts, que nous sommes quatre à déchiffrer au hasard, chaotiquement, errant, mais avec malgré tout, une volonté d’exhaustivité. Peu à peu, cette longue litanie de gens à morts ordinaires, ces femmes, ces enfants, ces vieillards, ces hommes, ces histoires d’il y a plus ou moins soixante dix ans, donnent vie à l’energie foisonnante du Czernowicz d’alors. La mesure de l’anéantissement, et de l’abandon aussi. Tout est là. Même si Mottele demeure introuvable.
Un chien nous a accompagné jusqu’à notre lieu de déjeuner. Pour moi, c’est un petit ange messager de notre Mottele. Mais Sacha et Ange ne veulent absolument pas qu’il soit là, ou qu’il nous prenne un quignon de pain. Au sortir il nous attend. A coté de la synagogue défoncée en brique. Je lui envois un bout de pain, qui ne l’intéresse pas. Je vois alors l’inscription graffité. Juden. Une étoile de David accroché à une potence. Tod des juden. Dans ce cimetière à vaux l’eau. Le chien gobe le quignon.
Je sais, j'ai arrêté. Je crois parce que le processus d'adoption en Haiti c'est peu à peu arrêté lui aussi. En avril le jugement d'adoption qui fait de moi la mère adoptive de Stanley a été prononcé. Et depuis j'attends qu'on fasse un passeport haitien pour Stanley. Puis il lui faudra un visa pour pouvoir venir en France. Je pourrais alors partir en Haiti. Mais comme depuis décembre les passeports sont émis au compte goutte je ne sais pas quand ce jour là viendra.
Je reviens d'un voyage éclair et intense entre la Hongrie, l'Ukraine et la Pologne, où j'ai rejoin mes parents qui partaient parcourir et gratter aussi la terre de leurs racines. Je vais essayer de vous en raconter des petits bouts de ce voyage là.
Le 7 juillet en Ukraine est férié, c'est une fête très célébrée sous l'ère soviétique où les paysans font des couronnes de fleurs qu’ils offrent à la fille qu'ils aiment (ou emportent la porte de sa maison sur des kilomètres pour éloigner son père), avant de danser autour de poteaux en bois.
Ce jour là nous étions à Czernowicz, et avons passé l'après midi dans le cimetière juif abandonné à rechercher les traces de Mottele Keller mon arrière grand père. Lasse de cette recherche, Sacha a cœuilli des fleurs sauvages et fait des couronnes:
Vadrouille oblige, je n'ai pas pu souhaiter ce jour là son anniversaire à Sonia; Sonia qui adore les jeux mathématiques et était si heureuse du 777 de son anniversaire de cette année (chiffre que les riches Ukrainiens abordent sur la plaque d'immatriculation de leurs voitures aux vitres fumés en guise de porte bonheur) ; Sonia qui est accessoirement poète, dessinatrice, sculptrice; Sonia qui viens d'avoir un poste permanent pour diriger un labo de nano-physique à Oxford; Sonia espagnole qui parle le russe, le tchèque, le chinois et le japonais et sait lire la musique aussi; ma fabuleuse Sonia que cette année tout en 7 et tout en voyages te donne plein de jours ensoleillés et encouronnés de fleurs!
A l'inauguration du salon du livre "spécial écrivains indiens" il n'y a pas grand monde pour s'intéresser aux livres:
Il y avait une foule comme pour une manif improbable Et surtout pas mal de fantômes
Les écrivains indiens personne ne s'en occupait, et ils s'en sont pas mal contentés en grappillant tous le whiskey et champagne qu'ils pouvaient aux stands d'à coté
Pour l'ambiance, une spécial dédicace Anne Cécile
c'était les livres pour la télé, les livres pour se faire des sous et se faire voir, cohue et avidité. Des livres livrés à eux même dans des stands désertés ou que l'on pousse du coude en se bousculant pour attraper un petit four aux airelles.
Des livres à disposition qu'on peut ouvrir au hasard pour y voler des mots, écouter s'élever des voix silencieuses qui parfois entrent en assonance avec le lieu et le momment:
Tu n'es que de la poussière. De la poussière foulée aux pieds Lève-toi avec le vent et la tourmente Deviens tourbillons. Et entre dans les yeux de ceux Dont les pieds t'écrasent.
Il n'y a pas d'endroit Que tu ne puisses atteindre Il n'y a personne Qui puisse t'arrêter
Tu n'es que de la poussière De la poussière foulée aux pieds Unis-toi à la poussière.
Oui les cerisiers fleurissent, il grêle sur Paris, et ...j'ai des nouvelles de Stanley!
Tout d'abord son dossier, vous vous rappellez le n° 12424 qui était pour enquête a cet improbable Institut du Bien Être, eh bien il a été signé, adoubé: les autorités haitiennes considèrent
1) qu'il s'agit bien d'un enfant abandonné et 2) acceptent que je puisse être sa nouvelle famille
Pour le coup, les Brebis m'ont envoyé une nouvelle photo de lui, ma première depuis le mois d'octobre:
Maintenant, il y a tout un parcours administratif qui mène vers le jugement d'adoption, avec des légalisations et surlégalisations dans des bureaux différents de Port Au Prince: les archives, le parquet, le tribunal administratif.
Il suffit d'une erreur pour que la procédure hoquette et parfois s'enlise completement.
Bref c'est juste l'acte I des aventures du dossier haitien de Stanley qui vient de s'achever.
D'autres bribes de personnages et de paroles comme sortis d'un rêve
Derrida et Pascale Ogier vertigineusement fantômes
ça doit être la fin février ou le permis que je passe cet après midi qui me mettent dans cette humeur, où éveillée tout à la texture du songe, lointain et immatériel...
Les fantômes auxquels je pensais étaient ceux qui habitent du côté de Sakyo Ku à Kyoto, là ou les cimetières, les temples et la ville sont comme tissés dans le même dédale, la même fabrique urbaine, où on perd sans cesse son chemin pour se retrouver nez à nez avec un bouddha comme un enfant et des masques de kabuki accrochés en exposition ou en talisman aux maisons.
Et comme pour faire écho, j'ai rencontré Derrida qui les évoque, méditativement:
En tout cas pour voir hurler des fantômes ou les exorciser, les barrocks!
Décidement on préfère m'écrire en perso, que de mettre des commentaires sur le blog, old generation oblige j'imagine!
Sonia m'envois ces photos en réaction:
L'une d'elle avec sone et alberto prise à Tokyo recemment.
Et une de sa collection des petits coins. La résolution n'est peut-être pas assez bonne pour que vous vous en apperceviez comme ça, mais tout est expliqué en français!
et pour ceux qui me lisent ces petites nouvelles de Stanley: il fait 82 cm pour 10.886 kg et sa pointure est le 22!